Download De l’Être au Vivre: Lexique euro-chinois de la pensée by François Jullien PDF

By François Jullien

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Théorie évolutionniste de la liberté

Il y a des milliards d'années, il n'y avait pas de liberté sur Terre. vehicle il n'y avait pas de vie. Quelles formes de liberté se sont développées depuis les origines de l. a. vie ? Peut-il y avoir libre arbitre dans un monde déterminé ? Si nous sommes libres, sommes-nous responsables de notre liberté ou n'est-ce qu'un hasard ?

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Car en quel point, jamais complètement éclairé par l’intelligence, les deux se rejoignent-ils jusqu’à se découvrir communicants et même, dirait-on, équivalents ? « Tendance » serait encore trop du côté de la seule évolution pour le dire, ne faisant pas suffisamment entendre le situationnel ; trop souvent embarrassé dans le psychologique aussi et trop génétique. Dans « propension », en revanche (le terme est plus insolite, mais Leibniz l’a connu, car c’est bien aussi cela qu’il voulait penser), entendons que les choses ne « sont » pas, mais qu’elles « penchent » ; qu’elles se clivent selon qu’elles s’inclinent, et que c’est là ce qui fait leur « avancée » : qu’elles ne cessent de basculer par leur pesée (pendere), d’une façon ou de l’autre (le situationnel), et de pro-duire leur avenir par cet élan et cet entraînement ; qu’elles sont portées de l’avant à se reconfigurer du seul fait qu’elles sont toujours, non pas un « étant », mais un infléchissement.

C’est dans cet « égal » de l’égal accès à l’un comme à l’autre qu’est le « mi-lieu ». Trois ans de deuil à la mort de son père, nous dit-on, ce n’est pas trop ; mais boire des coupes sans compter au cours d’un banquet, ce n’est pas trop non plus – je n’exagère d’aucun côté (mais vais à l’extrême de chaque possibilité, remplis complètement chaque exigence). Le risque est plutôt que, s’enlisant d’un côté, on se ferme à l’autre possibilité et qu’on en rate ainsi l’occurrence. Par opposition à quoi, la disponibilité sera de maintenir l’éventail complètement ouvert – sans raidissement ni évitement – de façon à répondre pleinement à chaque sollicitation qui passe, c’est-à-dire sans rien laisser de côté ni soi-même se braquer ; et ce dès lors qu’aucun caractère, ou qu’aucune sédimentation intérieure, ne fait obstacle à cette ductilité.

La stratégie, autrement dit, n’est autre que de tirer parti de la situation qu’on sait infléchir progressivement comme une pente, en en développant la propension favorable, de sorte que les effets en dévaleront à partir d’elle-même et sans plus qu’on ait à forcer. Dès lors que la situation se révèle non pas seulement un cadre, voire un contexte, mais activement un potentiel, se reconfigure du même coup le rapport de celle-ci vis-à-vis d’un « sujet ». Le stratège ne sera plus celui qui dresse un plan en fonction de ses objectifs et le projette sur la situation, en faisant appel à son entendement pour concevoir ce devoir être ; puis à sa volonté pour faire entrer celui-ci dans les faits, avec ce que ce « faire entrer » peut impliquer de forçage – « entendement » et « volonté » étant bien les deux facultés maîtresses du sujet de l’Âge classique, en Europe.

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